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Réseaux sociaux professionnel de santé : les règles à respecter

En bref — Les réseaux sociaux d’un professionnel de santé sont soumis aux mêmes règles déontologiques que son site web. L’article R.4127-19 du code de la santé publique interdit toute forme de publicité médicale, y compris sur LinkedIn, Instagram ou Facebook. Un post pédagogique sur une pathologie est autorisé ; un post qui vante les mérites du cabinet ou reprend des témoignages patients ne l’est pas.

De plus en plus de soignants ont une présence sur les réseaux sociaux, et c’est légitime : ces plateformes permettent de partager des informations de santé publique, d’humaniser le cabinet et de rester en lien avec la communauté locale. Mais la tentation d’utiliser ces espaces comme des outils de promotion peut exposer à des sanctions ordinales. Ce guide précise le cadre applicable, en cohérence avec les règles générales de la déontologie et de la communication médicale.

Les réseaux sociaux : un support comme un autre aux yeux de l’ordre

Le code de déontologie médicale ne distingue pas les supports de communication : qu’il s’agisse d’un site web, d’une affiche ou d’un compte Instagram, les mêmes règles s’appliquent. Le décret n° 2020-1662 vise « tout moyen, notamment par voie électronique », ce qui inclut explicitement les réseaux sociaux. En pratique, cela signifie que les informations que vous publiez sur un réseau social doivent se limiter aux mêmes éléments factuels autorisés que sur votre site.

Il est important de comprendre que cette neutralité de traitement des supports n’est pas nouvelle : l’ordre des médecins a régulièrement rappelé, dans ses guides de bonnes pratiques publiés depuis 2014, que la forme numérique ne modifie pas la nature de l’obligation déontologique. Un post supprimé après publication reste traçable et peut être versé au dossier d’une procédure ordinale. La description de vos honoraires sur votre profil — sujet traité dans notre article sur les honoraires et le conventionnement — obéit aux mêmes règles strictes qu’en dehors du numérique.

Ce qu’un soignant peut publier sur les réseaux sociaux

Plusieurs types de contenus sont conformes à la déontologie médicale sur les réseaux sociaux. Les contenus de santé publique à vocation pédagogique constituent la catégorie la plus large et la plus sûre : explication d’une pathologie courante, conseils de prévention saisonnière (rappel vaccinal, risques liés à la canicule), décryptage d’une actualité médicale ou démenti d’une information erronée circulant en ligne. Ces contenus servent l’intérêt général sans mettre en avant le cabinet.

Sont également conformes les informations pratiques sur le cabinet : modification des horaires, fermeture pour congés, changement d’adresse, signalement d’un remplacement temporaire. Ces publications répondent à un besoin d’information concret pour les patients et ne comportent aucun caractère promotionnel. De même, les annonces de formations suivies, de participations à des événements scientifiques ou de nouvelles qualifications obtenues peuvent être publiées de manière factuelle, sans superlatifs ni mise en avant comparative. Les informations objectives sur des équipements ou des actes pratiqués sont acceptables dès lors qu’elles restent descriptives. La règle d’or est la suivante : le contenu doit informer, pas promouvoir.

Ce qui est interdit ou crée un risque ordinal

  • Les témoignages ou reprises d’avis patients : partager un avis Google positif ou inviter un patient à témoigner en story revient à diffuser une publicité indirecte prohibée par l’article R.4127-19. La règle est identique à celle décrite dans notre article sur les limites déontologiques du référencement. Même le simple fait de mettre en épingle (pin) un commentaire élogieux dans la section commentaires d’un post peut être requalifié.
  • Les posts avant/après de patients traités : même réalisés avec le consentement écrit du patient, ces posts constituent une publicité médicale. L’interdiction est absolue sur les supports contrôlés par le praticien, quel que soit le motif allégué (pédagogique, artistique, scientifique).
  • Les concours et jeux promotionnels : « Abonnez-vous à notre page et gagnez une consultation gratuite » est une pratique commerciale formellement interdite à un professionnel de santé, au titre de l’article R.4127-56. Cela vaut aussi pour les opérations de parrainage ou de fidélisation déguisées en jeux.
  • Les partenariats rémunérés avec des marques : collaborer avec une marque pharmaceutique, cosmétique ou de compléments alimentaires pour vanter ses produits peut constituer une infraction à l’article R.4127-26, qui interdit au médecin d’exercer une activité de nature à lui conférer une personnalité commerciale. La loi du 1er juin 2023 sur les influenceurs impose en outre des obligations de transparence supplémentaires.
  • Les superlatifs et comparaisons entre praticiens : se présenter comme « le premier cabinet à proposer » ou « la technique la plus avancée de la région » contrevient à l’interdiction de toute forme de concurrence déloyale entre confrères, prévue à l’article R.4127-56.

La question de la vie privée et du secret professionnel

Les réseaux sociaux brouillent parfois la frontière entre vie professionnelle et vie personnelle. Un soignant qui publie une photo dans son cabinet, même prise à titre personnel, engage sa responsabilité déontologique si des éléments permettent d’identifier un patient ou de compromettre le secret médical. Toute image prise en contexte professionnel doit être anonymisée et ne doit comporter aucune information relative à un patient, quelle qu’en soit la forme.

Ce risque est renforcé par les fonctionnalités participatives des réseaux sociaux : si un patient commente une publication en mentionnant sa propre situation médicale, le professionnel de santé ne doit pas répondre publiquement d’une manière qui confirme ou infirme un lien thérapeutique. La réponse adéquate est de renvoyer la personne vers un canal confidentiel (message privé, téléphone). Ignorer ce type de commentaire vaut mieux que de risquer une violation du secret professionnel, même involontaire.

Ce qui est interdit — récapitulatif pratique

Pour éviter toute ambiguïté, voici les pratiques à écarter systématiquement sur l’ensemble de vos comptes sociaux professionnels :

  • Témoignages patients, qu’ils soient écrits, audio ou vidéo.
  • Photos ou vidéos avant/après montrant des résultats de soins.
  • Partage, like ou mise en avant d’avis élogieux de patients.
  • Jeux concours, opérations de parrainage ou offres promotionnelles.
  • Partenariats sponsorisés avec des marques sans transparence ou en lien avec des produits de santé.
  • Superlatifs, classements et comparaisons avec des confrères.
  • Conseils médicaux personnalisés en réponse à des commentaires publics.

Ce qu’il faut faire concrètement

Rédigez une charte éditoriale interne pour vos réseaux sociaux : définissez les types de contenus publiables (pédagogique, informatif institutionnel) et ceux qui sont exclus (promotionnels, témoignages, avant/après). Cette charte doit être connue de toute personne ayant accès à vos comptes, y compris un stagiaire ou un assistant administratif.

Si vous confiez la gestion de vos réseaux sociaux à une agence, assurez-vous qu’elle connaît les contraintes déontologiques applicables aux professionnels de santé et intégrez une clause de validation de votre part avant toute publication. Une agence généraliste n’a pas nécessairement connaissance des spécificités ordinales du secteur médical. En cas de doute sur un contenu, la prudence consiste à ne pas publier avant d’avoir obtenu une confirmation de conformité. Les procédures ordinales sont rares mais leur impact réputationnel est durable.

Questions fréquentes

Un médecin peut-il avoir un compte TikTok professionnel ?

Oui, sous réserve de respecter les mêmes règles déontologiques. TikTok est un réseau social comme un autre aux yeux de l’ordre. Des vidéos courtes à vocation pédagogique (explication d’un symptôme, conseils de prévention, démystification d’une idée reçue sur la santé) sont conformes. En revanche, des vidéos qui mettent en avant le cabinet, mentionnent des résultats de traitements ou reprennent des retours positifs de patients ne le sont pas. Le format court et viral de TikTok amplifie les risques : une vidéo peut être partagée hors contexte et interprétée comme une publicité même si ce n’était pas l’intention.

Un soignant peut-il être influenceur sur les réseaux sociaux ?

Une présence éditoriale régulière en santé publique est possible et même valorisée par les instances ordinales lorsqu’elle contribue à l’éducation des patients. En revanche, dès lors qu’un professionnel de santé perçoit une rémunération en échange de publications, la question de la conformité aux articles R.4127-19 et R.4127-26 du code de la santé publique se pose sérieusement. La loi du 1er juin 2023 encadre également l’activité des influenceurs et impose des mentions obligatoires pour toute publication commerciale. Certaines activités d’influence relèvent en outre du régime des conflits d’intérêts, notamment en cas de lien avec l’industrie pharmaceutique ou des dispositifs médicaux.

Peut-on liker ou partager une publication laudative d’un patient sur son compte professionnel ?

Non. Liker ou partager un avis positif d’un patient constitue une forme d’appropriation de ce contenu à des fins promotionnelles, assimilable à un procédé indirect de réclame au sens de l’article R.4127-19. Cette règle vaut même si le patient a publié spontanément, sans sollicitation du praticien. L’ordre peut considérer que le professionnel a tiré avantage d’une publicité dont il n’est pas l’auteur mais qu’il a délibérément amplifiée.

Une page Facebook de cabinet peut-elle afficher un bouton « Donner un avis » ?

Non. Les fonctionnalités natives des réseaux sociaux qui invitent les visiteurs à déposer un avis ou une note étoilée doivent être désactivées sur les pages professionnelles des soignants. Laisser cette fonctionnalité active revient à solliciter des témoignages patients, ce qui est interdit. Cette configuration doit être vérifiée lors de la création de la page et après chaque mise à jour des paramètres de la plateforme.

Sources

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Article informatif. Il ne constitue pas un conseil juridique : en cas de doute, rapprochez-vous de votre conseil de l’ordre.